Féliciter et complimenter son enfant ?

Que ce soit dans la littérature «bienveillante» ou bien dans la pédagogie Montessori, on retrouve souvent le message suivant : les compliments seraient nocifs pour les enfants. J’entends déjà mon chéri hurler si je lui lisais cette phrase « Pfff, on ne peut jamais rien faire avec toi ! Non mais c’est vrai quoi, faut pas exagérer ! Et puis comment veux tu qu’il gagne de la confiance en lui si on ne le félicite jamais ? » (C’est l’avantage de 10 ans de couple : on peut avoir des discussions — et des engueulades — sans même avoir la discussion en vrai)

Alors j’ai essayé d’imaginer concrètement ce que ça donnerait.

Quand l’enfant joue l’artiste

Faisons un petit bon en avant d’un ou deux ans et imaginons la scène suivante : mon petit lardon blondinet est assis à table, entourés de crayons de toutes les couleurs. Il m’appelle et me montre fièrement son dessin. Je retiens deux cris d’effrois : le premier parce qu’il a des traces de feutres jusque dans les cheveux, et le deuxième, parce que son dessin est… moche. Oui, il est moche ! Il ne me plaît pas !

Clairement, je me connais : je serais incapable de le lui dire comme ça. Je ne m’imagine pas non plus lui mentir : ce n’est pas l’éducation que je veux lui donner. Quand à ne rien dire : vla la violence ! Et d’un coup, je comprends mieux pourquoi les compliments peuvent mettre dans une situation embarrassante si l’enfant a été habitué à en recevoir : ils donnent à l’adulte une position de supériorité et enferment l’enfant dans l’attente d’un jugement de l’autre.

Heureusement, il existe des alternatives. Par exemple, le commentaire descriptif : « Oh dis donc, tu as utilisé tout l’espace sur ta feuille ! Et tu as mis pleins de couleurs ! » Hop, je n’ai pas dit si j’aimais ou pas, mais ni vu ni connu j’ai entourloupé mon fiston chéri qui se sent aimé car j’ai regardé avec attention son dessin.

Le commentaire descriptif se prête d’ailleurs très bien pour valoriser le comportement d’un enfant : « Merci d’être resté tranquille sur ton tapis pour que je change ta couche » (laissez-moi, j’ai l’espoir qu’il comprenne ce que je lui dis !)

Quand l’enfant veut plaire

L’autre reproche qui est fait aux compliments est que l’enfant fini par faire les choses pour plaire à ses parents plutôt qu’à lui même. J’étais assez spécialiste de ça enfant et j’ai encore du mal à me défaire de cette habitude (et c’est peut-être aussi pour ça que je réfléchis tant au sujet !). J’aimerais éviter que mon fils soit comme moi et qu’il se mette dans des états pas possible s’il fait quelque chose susceptible de me déplaire.

Isabelle Filliozat en parle dans J’ai tout essayé (tu sais, un des must-have de toute bibliothèque bienveillante) : pour éviter cet effet de jugement (même positif) qui met l’enfant en tension, elle suggère de demander à l’enfant ce qu’il pense de sa création/son comportement. En préférant dire « Tu l’aimes toi ce dessin ? » plutôt que « C’est bien/c’est pas bien », on laisse à l’enfant le plaisir de faire les choses pour lui même et pas pour faire plaisir à l’adulte.

Quand l’enfant mange

Les gens ont commencer à complimenter l’appétit de mon fils dès qu’il est passé au biberon « Ah, qu’il mange bien cet enfant, ça fait plaisir à voir ! » (tiens, je réalise du coup que au sein, les remarques sur son appétit avaient toujours une connotation négative : « Mais il mange sans arrêt celui là ! », cela mériterait une réflexion à part entière, mais je m’égare…). Mais n’est-ce pas complètement stupide de féliciter quelqu’un qui mange bien ? Il ne le fait pas exprès, il a simplement de l’appétit. Pourquoi aurait-il plus de mérite qu’un petit mangeur ? D’où vient ce besoin viscéral de féliciter quelqu’un qui mange bien ? Est-ce un reliquat d’instinct de survie (« Mon fils mange, il ne mourra pas de faim ») ? un héritage de notre culture française ?

Tout ça pour dire que pour que son enfant garde un rapport sain à la nourriture, l’idéal serait de ne jamais commenter les quantités qu’il ingère. Il est le plus à même de savoir si il a faim ou pas, et ce serait dommage de gâcher cette autonomie naturelle que les enfants ont (surtout les bébés allaités). Mais c’est clairement plus facile à dire qu’à faire : j’ai moi même beaucoup de mal à ne pas m’extasier à voix haute devant le bon coup de fourchette — ou de doigts — de mon bébé.


Quand l’enfant est en cours d’apprentissage

Mais si on est d’accord que féliciter JUSTE pour dire «C’est bien» n’a pas trop de sens, il est évident qu’il y a un juste milieu à trouver : cela ne nous empêche pas de l’encourager, tout au long de ses apprentissages.

Chaque jour, nos bébés font preuve de persévérance, progressent, développent de nouvelles facultés intellectuelles ou motrices : il serait trop dommage de ne pas les encourager régulièrement et leur montrer que nous suivons avec beaucoup d’attentions ces efforts. Dans La discipline positive, Jane Nelsen cite Rudolf Dreikurs :

L’encouragement est à l’enfant ce que l’eau est à la plante. Il ne peut survivre sans.

Et puis finalement, le jour où, après des mois d’efforts, notre bébé arrive à faire son premier rouler-bouler ou ses premiers pas, si jamais nous ne pouvons nous empêcher de crier notre joie «C’est bien mon bébé ! Tu es le plus fort !!», je crois que Filliozat, Montessori, Nelsen et les autres nous pardonnerons : les premières fois, c’est quand même quelque chose de fort !

 

8 réflexions sur “Féliciter et complimenter son enfant ?

  1. Maman BCBG dit :

    Très bonne réflexion sur ce sujet ! Personnellement, j’aime bien le « compliment » descriptif : « Olalala tu as fait plein de lignes toutes droite sur ton dessin!! » car j’observe alors que mon fils re-regarde son oeuvre attentivement et est tout content que j’ai remarqué ce qu’il avait fait précisément.

    Mais j’avoue qu’au quotidien, pour plein de petites choses, je suis dans les compliments très « classiques » quand je vois mon fils être tout fier de lui, les mots sortent très vite et très naturellement « c’est bien!!! tu as descendu super vite le toboggan !!! » bref… j’essaye de progresser, mais sans trop de prise de tête non plus ^^

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    • chutmamanlit dit :

      Oh, sur ton exemple, j’ai l’impression que naturellement, tu déjoues déjà les «pièges» que les compliments peuvent impliquer !

      Mais, c’est vrai que quand on a entendu les choses formulées d’une manière différente toute notre vie, cela demande un effort conscient pour changer ça. C’est probablement impossible d’y faire attention à chaque fois, mais ce n’est pas grave, c’est la vie, et effectivement, ce serait bête de se prendre la tête pour ça 😀

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  2. Joey dit :

    Merci pour l’article :). Quand on sort et qu’on mange chez de la famille, ils sont tous dans le jugement et la critique. Et mon homme s’y met aussi. Rien de tel pour contrarier des enfants (et leur maman) et finir par provoquer des problèmes de relation à la nourriture à mon avis, par exemple… j’ai encore eu le cas à midi. Ils étaient 3 adultes à « harceler » mon ptit loup: le papa inclus.

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    • chutmamanlit dit :

      Ça doit être difficile comme situation de voir son enfant «attaqué», surtout par des proches. Je sais que je n’arrive pas à réagir quand il y a un effet de groupe comme ça, je préfère aborder le problème avec une seule personne, c’est plus facile (mais d’ailleurs, ça ne l’est pas toujours, surtout si c’est avec le conjoint !)

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  3. Maman Nouille dit :

    Moi c’est quelque chose qui me dérange un peu dans l’éducation bienveillante.
    Pour moi il est naturel de féliciter son enfant et de trouver tout ce qu’il fait merveilleux (peut être même son premier caca dans le pot) et de lui dire. Il est naturel aussi que l’enfant cherche à faire plaisir à ses parents (au départ, pas à 30ans, enfin sauf à Noël). il se construit dans le regard de l’autre, je ne vois pas pourquoi il ne faudrait pas le valoriser. Mes enfants seront les plus merveilleux du monde, et je pense que c’est important qu’ils sachent qu’ils le sont au moins pour leur parent.
    Après bien sur, tout est question de pondération.
    Je trouve très intéressant la réflexion que tu as sur l’appétit. Ça me parait aussi absurde. On a une nouvelle assistante maternelle, et finalement les choses positives qu’elle dit sur mon fils c’est qu’il mange bien et qu’il est sage (alors qu’en fait je pense qu’il est surtout sur la réserve, mais ça c’est une autre histoire). Après peut-être que si j’avais eu des soucis ou des inquiétudes par rapport à un petit mangeur, les choses résonneraient autrement.

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    • chutmamanlit dit :

      Je ne sais pas : aimer mon fils inconditionnellement ne m’empêche pas d’essayer d’avoir du recul. Ce que je reproche le plus aux félicitations, c’est finalement quand ils deviennent un automatisme et qu’ils sont prononcés sans vraiment y penser.
      Je trouve moi aussi le moindre progrès de mon enfant merveilleux (et oui, le jour où il fera caca dans un pot, très probablement aussi :D), mais ai-je besoin de le féliciter pour qu’il le sache ? Je pense que mon sourire aux anges (impossible à cacher), ou bien mon «commentaire descriptif» indécemment enjoué montre bien à mon fils que je valorise ce qu’il fait.

      Évidemment, c’est naturel qu’il cherche à me faire plaisir. Là où ça m’embêterait, c’est si ça déviait vers lui faisant des choses uniquement pour me faire plaisir, au détriment du sien. Et puis, quelques années plus tard, il agira de même avec ses professeurs. Et en un clin d’œil, il aura déjà 30 ans (!) et agira aussi de même avec son conjoint, son boss, et peut être même n’importe quel inconnu. Tu va peut-être trouver que je force le trait, mais moi qui en ai fait ma spécialité enfant, de plaire aux adultes, je me rends bien compte combien ça me dessert et combien je dois travailler là dessus au quotidien.

      Les mots que trouve ton ass mat pour parler de ton fils sont un peu triste, j’espère qu’il est plus que ça !! (Et je ne connais pas ton fils, mais j’avoue que je n’aime pas le mot sage dans ce contexte, ça sonne presque triste !)

      Mais finalement, comme tu le conclus très bien : les choses résonnent en nous très différemment en fonction de notre histoire personnelle, c’est peut être pour ça que nous avons une vision différente des compliments et de ce qu’ils impliquent 🙂 Merci de ton commentaire en tout cas, je trouve ça très intéressant de «débattre» là dessus et de confronter nos idées 🙂

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  4. Maman Nouille dit :

    Moi ce qui me rendrait triste c’est que mon fis ne sache pas que ses parents sont fiers de lui. Mais moi enfant, et maintenant, je m’en fichais un peu de faire plaisir. Enfin, ça me fait plaisir quand même mais ce n’est pas ce qui détermine mes choix.
    Après je crois que féliciter mon enfant, de façon exagérée, correspond aussi à ce que je ressens moi, mon envie du moment, je suis fière et je l’exprime. Je ne pourrais pas rester dans la description ou le renvoyer à ce qu’il pense lui, ça sonnerait faux. Après on verra en grandissant ou quand il fera des dessins moches 😉
    Après il est vrai que je ne connais pas toute la théorie derrière cette notion d’éducation bienveillante. J’avoue que je trouve toujours ces ouvrages un peu rébarbatif et que je ne connais ces théories qu’en diagonales, c’est peut-être une mauvaise interprétation.
    Quant à mon fils, tu as raison, c’est un peu triste. L’adaptation est un peu difficile chez cette nouvelle assistante. La précédente, qui a déménagé, nous disait aussi qu’il était facile mais parce qu’il était toujours enthousiaste dès qu’on lui proposait quelque chose et qu’il avait toujours le sourire.

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    • chutmamanlit dit :

      Oh, moi aussi je serais triste si c’était le cas ! Mais heureusement, la fierté peut être montrée de beaucoup de manière. Pour prendre une exemple concret, là, je viens de passer 5 minutes à m’extasier avec mon fils « Ooooh, tu tapes sur le radiateur avec ta baguette ! Waouuu, ça a l’air trop bien ! Woaaaa, ça fait du bruit, c’est géniaaaaal ! ». Et son sourire ravi en me regardant ne laisse aucun doute : il sait que j’étais fière de lui (il en faut peu en plus, globablement, il tapait juste sur un radiateur :D) Bref, la fierté, ça passe aussi par remarquer ce qu’il fait de positif, par les encouragements, par lui montrer que j’ai confiance en lui pour faire des choses seuls, etc. En tout cas, ça marche pour nous parce qu’effectivement, on le pense, et donc le dit avec conviction 😀
      Si pour toi, les mots qui sont les plus vrais sont les félicitations « en bonne et due forme » de manière exagérée, alors j’imagine que c’est ce qu’il faut pour votre famille !

      En tout cas, j’espère que votre nouvelle assistante maternelle apprendra à apprécier votre fils (et vis versa !) pour son caractère et sa personnalité très vite !

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