[Lecture] Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe

9782072721984FSHier soir, j’ai dévoré ce livre d’une cinquantaine de pages. Ce n’est pas le premier livre de Chimamanda Ngozi Adichie que je dévore, ni son premier essai féministe (si le sujet vous intéteresse, je vous recommande chaudement Nous sommes tous des féministes) mais c’est la première fois qu’elle aborde de manière aussi frontale l’éducation.

Ce livre est en fait la retranscription d’une lettre (légèrement retravaillée), dans laquelle elle répond à une amie chère : Comment éduquer sa fille de manière féministe dans le monde d’aujourdhui ? Sa réponse est très courte, alors j’ai hésité à retranscrire ici les 15 suggestions d’Adichie, d’autant que j’ai envie de le recopier telles quelles, tellement son écriture est limpide et va droit au but. Mais finalement, je trouve ça intéressant d’avoir cette liste accessible en un coup d’œil :

  • Sois une personne pleine et entière. La maternité est un magnifique cadeau qui nous change profondément, mais nous restons plus qu’être juste une mère. Restons pleines et entière, avec notre métier, nos goûts, nos passions.
  • Avec ton conjoint, faites les choses ensemble. Les parents sont également responsables de leur enfant, et devraient donc s’en occuper « à parts égales ». Cette répartition est à définir selon chaque famille, pour trouver l’équilibre où aucun des deux n’a la moindre rancœur par rapport à ce que fait l’autre.
  • Apprends à ta fille que les « rôles de genre » n’ont absolument aucun sens. Les petites filles ne devraient pas être définies par le fait d’être des filles, mais en tant qu’individu avec ses forces et ses faiblesses. Refusons dès le départ toutes les limites imposées aux filles (qui en plus deviennent auto-réalisatrices à force d’être répétées).
  • Méfie-toi du faux féminisme. Un homme qui « aide » sa femme n’est pas féministe.
  • Apprends-lui à questionner les mots.  Derrière le choix de nos mots, se cachent tous nos préjuges, croyances et présupposés. Cela nous demandera de questionner nous même notre propre langage. Pourquoi appeler nos filles princesses par exemple ? Derrière le surnom mignon, se cachent des notions de passivité, de prince qui viendra la sauver, etc.
  • Ne présente jamais le mariage comme un accomplissement. Un mariage peut être une très belle chose, mais ne doit pas être le but ultime de la vie d’une petite fille.
  • Apprends-lui à ne pas se soucier de plaire. Très tôt, on demande aux filles d’être aimables, gentilles, sages, discrètes. Nous devrions plutôt leur apprendre à être courageuses, sincères, bienveillantes. Nous devrions encourager les filles à exprimer leurs opinions, en particulier quand il s’agit d’une opinion impopulaire.
  • Offre à ta fille un sentiment d’identité. Chaque enfant à son histoire. Autorisons nos enfants à être fiers de leurs origines, et n’ayons pas peur non plus de parler des aspects de notre culture que nous n’aimons pas. Parlons leur des héros de notre histoire dont ils n’entendront pas parler à l’école (en bref, tout héro n’étant pas un homme blanc).
  • Pèse soigneusement ta façon d’aborder son apparence physique. Apprenons à nos filles à aimer le sport. En plus d’être bon pour la santé, il peut aider à gérer tous ces complexes liés à l’image du corps que la société projette sur les filles. Laissons nos filles porter du maquillage si elles en ont envie, choisir leurs tenues si elles le veulent, ou bien ignorer tout ça si c’est ce qu’elles préfèrent. Etre féministe n’implique pas de refuser sa féminité, c’est avoir le choix.
  • Apprends-lui à questionner la façon dont notre culture utilise la biologie de manière sélective, comme « argument » pour justifier des normes sociales. Les différences sociales entre les hommes et les femmes sont souvent expliquées par la biologie mais elles sont en réalité crées par les êtres humains. Tant mieux, ça veut dire qu’on peut les changer.
  • Parle-lui de sexe, et commence tôt. Nos filles ont besoin de savoir que leurs corps n’appartient qu’à elles. Apprenons leur à dire non et à en être fière. Apprenons leurs aussi les bons mots pour parler de leurs corps. N’associons jamais leur sexualité ou leur nudité à la honte. Les règles non plus ne sont pas honteuses, n’en parlons pas à voix basse.
  • Soit là quand l’amour arrivera. Comme pour le sexe, apprenons à nos filles à parler d’amour, qu’aimer n’est pas seulement donner, mais aussi recevoir.
  • Quand tu lui apprendras ce qu’est l’oppression, fais attention à ne pas faire des opprimés des saints. Les gens méchants et malhonnêtes sont toujours des humains, et méritent quand même d’être traités dignement.
  • Éduque-la à la différence. La différence devrait être ordinaire et normale. N’y attachons pas d’importance, soyons simplement des êtres humains.

Vous l’aurez remarqué, la réponse d’Adachie est orientée pour une petite fille noire mais je crois que chaque parent gagnerait à lire ce livre. Personnellement, j’ai un fils, blanc, mais les quelques conseils qui ne sont pas pertinents pour lui restent intéressant à garder en tête pour mieux comprendre les doubles oppressions que les femmes noires qui plus est, peuvent subir dès l’enfance.

Bref, un livre que je garderais précieusement dans ma bibliothèque et que j’ai envie d’offrir à tous les parents de mon entourage, en particulier ceux parents d’une petite fille !

6 réflexions sur “[Lecture] Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe

  1. Maman Nouille dit :

    c’est une lecture intéressante, je ne connais pas du tout.
    Pour ma part, plus je vieillis, plus je deviens féministe et j’ai bien l’intention d’inculquer la notion de respect de l’autre, quelque soit son sexe, à mes fils. Je crois qu’il est tout aussi important d’éduquer les garçons dans ce sens.

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    • chutmamanlit dit :

      Oui, moi aussi je compte clairement éduquer mon fils avec mon prisme de « maman féministe » ! C’est pour ça que ça m’intéresse de connaître les biais qui existent dans la manière dont on a tendance à traiter les garçons par rapport aux filles, pour essayer d’adapter au mieux mon comportement et « corriger le tir ».

      On sait que dans notre société, on a tendance à attendre d’une petite fille qu’elle reste plus passive qu’un petit garçon, ou bien encore que la plupart des histoires d’amours montrent des filles qui donnent beaucoup d’elles, sans forcément recevoir. C’est pour ça qu’Adachie conseille à son amie, maman d’une fille, de l’encourager à exprimer ses opinions ou bien à exiger de recevoir en amour.

      Du coup, pour un garçon, on pourrait imaginer des conseils un peu différents, adaptés aux préjugés qu’ils subissent : par exemple, pour lutter contre « les vrais garçons ne pleurent pas », on peut leur apprendre dès le plus jeune âge que c’est super important de pleurer quand on en a besoin pour évacuer ses émotions et qu’il n’y a rien de mal à ça ; pour contrer l’affreux « boys will be boys », on peut refuser que notre garçon se comporte mal ou embête les filles « parce que c’est un garçon », etc ; bref pour les garçons aussi, il y a pleins de préjugés à casser, ça va, on a du boulot 😀

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  2. Sonka dit :

    Mon dernier cheval de bataille : la littérature jeunesse. Vous êtes mamans de garçon, comme moi : alors avez-vous remarqué (moi il m’a fallu plus de deux ans !) que pratiquement tous les héros des livres pour enfants sont des garçons ? Même quand ce sont des animaux ou des être indéfinissables (exemple : Tchoupi), ce sont clairement des garçons. C’est simple, je n’ai qu’un livre avec une héroïne à la maison, plus « la petit poule rousse » (qui n’est pas un modèle de bienveillance). Et quand on trouve des livres avec des filles dedans, ce sont généralement des princesses, plein de rose et de petits noeuds, etc. Assez consternant. Du coup, j’ai acheté deux petits livres récemment et j’ai pris soin de les choisir avec une fille (et un loup, la star du moment ! et non, ce n’est pas le petit chaperon rouge !)

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    • chutmamanlit dit :

      Oui c’est vrai !! Pour l’instant on s’en sort car on ne lit pas encore vraiment d’histoires. Les héros sont… des formes (Hervé Tullet 💖) mais plus grand ce sera clairement une problématique à laquelle je veux faire attention ! Le blog Les livres de Mumu est pleins pleins de références si vous cherchez de l’inspiration !

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