Jeu libre et #passionVoitures

Le jeu libre, c’est un terme qui peut paraître un peu intellectuel pour désigner un état très naturel chez l’enfant, que tout parent a déjà observé : le jeu spontané, choisi par l’enfant, et dont il invente les « règles » (ou leur non existence) au fur et à mesure. De la même manière que Monsieur Jourdain fait de la prose sans le savoir, tous les enfants aiment le jeu libre !

Et puis, pour une fois ou presque, tout le monde est d’accord : les pédagogues de tous courants et toutes époques sont unanimes pour venter les bienfaits du jeu libre et les ressources sur le sujet ne manquent pas :

  • Libre pour apprendre, de Peter Gray
  • Les apprentissages autonomes, de John Holt
  • Grandir librement, de Eve Herrmann (j’en parle plus longuement dans cet article)
  • ou encore le MOOC Jouer pour apprendre en petite enfance — que je recommande vivement !

Les bienfaits du jeu libre

Le jeu libre a de multiple bienfaits, que ce soit dans l’apprentissage, ou dans la construction de soi chez l’enfant. Ainsi, quand on leur en laisse l’opportunité :

  • Par le jeu libre, les enfants apprennent à structurer leurs idées : ils se fixent des objectifs, et trouvent des moyens pour les atteindre.
  • Ils développent des stratégies (parfois très complexes !!) de résolution de problèmes pour faire face aux obstacles qu’ils rencontrent dans leurs jeux.
  • Le jeu libre encourage la créativité : chaque enfant s’approprie du matériel à sa manière. Les scénarios qu’ils créent sont très variés et évoluent.
  • Il favorise les habilités sociales : il encourage les enfants à partager l’environnement, leurs idées et le matériel de jeu. Ils doivent donc apprendre à résoudre leurs conflits et à contrôler leurs émotions.
  • Les enfants développent leur autonomie puisqu’ils initient le jeu eux-même. Ils apprennent à prendre des initiatives, faire des choix et gagnent ainsi en assurance.

En bref, en laissant les enfants* poursuivre leurs propres intérêts à travers le jeu, ils apprennent non seulement tout ce dont ils ont besoin pour mener la vie qui leur correspond mais ils le font également avec énergie et passion, contribuant à leur bonheur.

(* valable aussi avec les adultes)

Le jeu est la forme la plus élevée de la recherche.

— Albert Einstein

Comment favoriser le jeu libre

Et ce qui est vraiment chouette avec le jeu libre, c’est que d’un point de vue du parent (ou d’un éducateur), l’investissement est vraiment minimal ! Il faut :

  • Préparer l’environnement : l’enfant doit être en sécurité pour agir librement.
  • Laisser faire« Ne pas interrompre  ! » est LA règle d’or : pendant un jeu libre (seul ou en groupe), ce n’est pas le moment de commenter ses actions, de questionner, ou dire « bravo » pour rien à tout bout de champ.
  • Laisser le temps : l’enfant doit pouvoir explorer le matériel à sa disposition et élaborer ses idées (sans que l’adulte intervienne pour lui « montrer »).
  • Proposer du matériel adapté : (fidèles à la pédagogie Montessori, le lisez pas la phrase suivante) on favorise le matériel qui n’enferme pas l’enfant dans une seule activité, et qui peut être facilement détourné. Ainsi, blocs en bois, figurines, petites voitures, dinette, poupée ou pâte à modeler sont des jeux suffisamment « libres » pour que l’enfant puisse jouer de mille et une façons différentes avec, selon ses envies. Pour les enfants habitués aux jeux libres, on peut encore aller plus loin puisque des bouts de tissus, ou des bouts de bois suffiront à stimuler leur imagination.

Il existe aussi de (très belles) marques spécialisée dans le jeu libre (Grimms ou Grapat, c’est de vous que je parle ❤) mais, j’ai beau adorer leurs jouets éthiques, ça reste un réel investissement financier qui plus est introuvable d’occasion. Je pense donc qu’il est de bon ton de rappeler que ces jouets ne sont PAS des indispensables.

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Répète après moi : avoir ces beaux jouets à la maison n’est PAS obligatoire.

 

La place du parent dans le jeu libre

On a parlé des bienfaits du jeu libre pour l’enfant, mais il ne faudrait pas oublier non plus la place du parent : pas facile de ne pas toujours intervenir, surtout pendant les jeux entre plusieurs enfants !

Et pourtant, en prenant ses distances (mais pas en disparaissant : l’enfant aime avoir une présence vers qui se tourner en cas de besoin), l’enfant concentré dans son jeu offre deux magnifiques cadeaux à ses parents :

  1. La paix 😇
  2. L’opportunité d’observer son enfant, et d’en apprendre beaucoup sur son développement.

J’ai d’abord beaucoup profité du premier cadeau (pour lire mon flux Twitter 34 fois de suite) et puis après, je me suis intéressée au deuxième : qu’est-ce donc qu’il y trouve d’intéressant mon garçon, à jouer durant toutes ces heures aux mêmes jeux ? Pour le découvrir, discrètement, je me suis mise à son niveau, et je l’ai regardé. Longuement. Et puis j’ai compris ! Attendez, je vous montre un peu :

Observation discrète

Très tôt, le Lardon m’a rappelé qu’il ne m’appartenait pas et s’est mis à bafouer sans scrupule mes goûts en devenant passionné de… voitures. Non mais les voitures quoi ! Franchement ! La passion la plus cliché possible ! Avec une mère féministe, qui tente de lui donner l’éducation la moins genrée possible ! De quoi j’ai l’air maintenant ?! (Et la nounou de dire « Ah bah c’est normal, c’est un garçon…. »)

Tout ça pour dire, le Lardon adore les petites voitures. Il en a récupéré par dizaines centaines (celles de mon enfance !) et elles l’accompagnent dans beaucoup de ses jeux. Ce sont ceux là que j’ai choisi d’étudier.

Aligner les voitures : c’est l’un des premiers jeu qu’il a « inventés ». La première fois, j’étais épatée : « Regarde, il a eu l’idée de les mettre en file tout seul ! » et puis j’ai vite réalisé qu’il reproduisait le paysage qu’il observe chaque jour, quand nous rentrons de chez la nounou : nous longeons des voitures garées le long du trottoir. Depuis, quand j’y fais attention, je repère souvent dans les jeux du Lardon des moments de vie.

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Chez ses grands parents, il y a beaucoup de voiture, et beaucoup de place : le combo parfait !

Garer les voitures : tout doucement son jeu quotidien a pris de l’ampleur. La simple file est devenu un parking complexe comme on en voit à la fin d’un concert. En l’observant, j’ai réalisé que grâce à ses manipulations, il a une très bonne représentation spatiale : pour garer ses voitures dans des espaces très exigus, il manoeuvre et optimise la place. (Peut-être que je devrais lui demander de l’aide quand je me lance dans un créneau ?)

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Ça bouchonne vraiment !

Ouvrir les voitures : parfois, il interrompt son jeu pour venir nous demander des clés : hey oui, comment voulez-vous faire démarrer toutes ces voitures sans clés ?! Muni de son vieux trousseau, il travaille alors sa motricité fine, que ce soit pour attraper la bonne clé (car il explique, très sérieux « Celle là, c’est la boîte aux lettres. Ça c’est la voiture. Et celle là, la maison. ») ou pour ranger le trousseau dans sa poche.

Réparer les voitures : de temps en temps, nous retrouvons des voitures à l’envers : il est en train de les réparer, muni de ses outils (un pistolet de tuyau d’arrosage ou une petite bouteille font l’affaire généralement). Encore une fois, je réalise que les scènes de la vie courante le marquent beaucoup : il imite des gestes qu’il a vu par le passé.

Découvrir le code de la route : si les voitures ne sont pas alignées le long d’un mur ou d’un tapis (faisant office de trottoir), c’est donc qu’elle attendent au « passage péton ». C’est d’une logique imparable !

Développer son vocabulaire : le Lardon est très bavard pendant ses jeux. Au fil des mois, en l’écoutant jouer, je réalise ainsi ses progrès en grammaire depuis son explosion du langage. Un jour, il m’étonne en choisissant le bon temps pour conjuguer sa phrase, une autre fois je réalise qu’il maîtrise la négation et les contraires (« Elle démarre, vroum vroum ! Ah non, elle démarre pas, elle est arrêtée ! » marmonne le Lardon en jouant). Et puis j’entends son vocabulaire qui s’étoffe chaque jour : gauche, droite, carport (!!!), amortisseurs, essuie-glace, clignotant, rétroviseur, coffre, roues, porte, phares, garage, passage piéton, feux, tunnel, moteur… Cet enfant sait de quoi il parle quand on aborde le sujet des voitures !

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Discriminer les voitures : parfois il les aligne par couleurs, d’autres fois par taille ou par type (camionnettes, voiture de courses, décapotable). Cela me donne des indices précieux sur sa sensibilité et ce qu’il apprend en ce moment.

Jouer avec des voitures imaginaires : « Oooh la Pougeot noire descend » dit-il avec sa petite voix, en faisant glisser le long du canapé une main qui tient… le vide. Ainsi donc, cet enfant n’a MÊME PAS besoin de voiture pour s’amuser ?

Empiler les voitures : je le regarde mettre la voiture rouge sur la voiture bleue dans le camion benne. Ça ne tient pas bien, ça tombe, ça l’énerve, il râle, il pleure, il persévère, il recommence, ça tient, il crie de joie, ça retombe finalement, il pleure, il recommence… Je le vois lutter avec ses émotions, et apprendre à les maitriser, c’est beau.

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Et même quand il ne « joue » pas, les voitures continuent de l’accompagner dans tous ses apprentissages….

Compter les voitures : sur le chemin, en rentrant de la nounou, on compte les voitures sur le trottoir « Uuuun, deuuux, quaaatre, quaaaatre, huiiit ». Je note que la notion de quantité l’intéresse et que je pourrais lui proposer des activités autour des nombres (ça tombe bien, j’ai vu des chouettes idées sur le blog 123 petites graines).

Reconnaître les voitures : il est capable de reconnaître les voitures à une distance impressionnante. Ça a commencé avec les Twingo et les Mini, ça continue avec les « Pougeot » et les « Bi-M ». Il ne manque pas de hurler la marque de la voiture quand il en croise une. Je ne sais pas encore à quoi ça lui servira dans la vie, mais son sens de l’observation m’impressionne…

Dépasser ses peurs : les bruits, ça n’est toujours pas son truc, mais l’interêt est plus fort que la peur ; alors pour les motos et les voitures, il arrive doucement à la surpasser et à s’approcher pour mieux observer une voiture/moto qui se gare.


 

Je m’arrête ici car cette « petite » liste peut paraître anodine et est sûrement plus intéressante pour moi que pour vous, mais je trouve ça tellement fou de mettre le doigt sur tout ce qu’il apprend ! On s’habitue tellement vite à voir nos enfants grandir et évoluer à vitesse grand V qu’on oublie que ce qui paraît normal aujourd’hui, ils ne le savaient pas encore il y a quelques jours ou quelques mois !

Le Lardon n’a que deux ans et à son âge, on trouve encore ça normal qu’il apprenne en jouant mais cela me donne l’impression de déjà toucher du doigt ce que vivent les enfants en apprentissages autonomes.

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Et chez vous, quel est le moteur des apprentissages de vos enfants ? Ont-ils une passion qui les guide eux aussi ?

10 réflexions sur “Jeu libre et #passionVoitures

  1. Cécile dit :

    J’adore observer mes enfants pendant leurs jeux libres 🙂 Les capacités qu’ils mobilisent et développent pendant ces moment-là ne cessent de m’étonner et de me conforter dans l’idée que la liberté est une des clés avec la sécurité et le non jugement (même si je leur dis souvent bravooooo, c’est plus fort que moi^^) pour leur permettre de se réaliser.

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    • chutmamanlit dit :

      Oui, c’est fascinant ! J’adore le regard décidé du Lardon quand il se lance dans ses « missions ». Et l’autre jour, j’observais mon… chéri, et j’ai reconnu ce même regard décidé, alors qu’il luttait pour faire un truc compliqué qu’il s’était lancé lui même 😂

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  2. blog2mamans dit :

    Super article ! J’ai également suivi le Mooc, et lu le livre de J Holt et de E Hermann, je les avais trouvé très inspirant ! J’adore le concept et l’importance du jeu libre aussi. Pendant un temps j’étais vraiment à fond sur les loose parts, maintenant je laisse aussi la possibilité à ma fille d’avoir des jouets en plastique dirons nous (dit-elle en ayant acheter une maison fisher price en plastique à sa fille ce matin ahah). En tout cas, les enfants détournent énormément les jouets et ça, c’est top. C’est ainsi qu’ils s’approprient leur univers.

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    • chutmamanlit dit :

      Je crois que c’est sur ton blog que j’ai découvert le MOOC, alors merci !

      Les loose parts, j’essaie un peu d’initier le Lardon, surtout quand on est à l’extérieur, mais ça lui passe un peu au dessus pour le moment. Mais j’ai des souvenirs très vifs et précieux d’une après-midi passée à faire des looseparts quand j’avais une 10aine d’années alors je ne m’inquiète pas : il finira par y trouver de l’interêt aussi un jour !

      Aimé par 1 personne

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