Le métier de psychomotricien·ne

Je crois que j’ai découvert le métier de psychomotricien·ne en découvrant le principe de la motricité libre, et immédiatement j’ai été attirée par cette discipline ! Pendant les premiers mois de vie du Lardon, les blogs de psychomot’ ont été une mine de ressource considérable pour moi !

Je voulais tout savoir sur le développement des bébés : qu’est-ce que le stade du miroir Pourquoi mon bébé est-il toujours enroulé ? Quelles sont les grandes étapes motricesFaut-il assoir son bébé ?

Mon obsession de bien-faire était totalement assouvie : j’apporte beaucoup plus de valeur aux recommandations d’un·e professionnel·le qu’à la liste de naissance concoctée par un magazine Parents bourré de pub. Un transat est-il vraiment utile ? Et le chariot de marche ? Pourquoi faut-il des chaussures souples ? Trotteur, pousseur, porteur, je mets quoi sur la liste d’anniversaire de 1 an du Lardon ?

Et comme on intellectualise jamais trop les choses, je continue de suivre ces blogs assiduement car j’adore découvrir tous les mécanismes qui entrent en oeuvre derrière une activité toute simple comme planter des graines ou manger avec les doigts.

Et puis, au fur et à mesure de mes lectures, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir des facettes cachées du métier comme l’histoire de Théo qui jette des trucs.

Bref, deux ans plus tard, je suis toujours quelques blogs de psychomot’ avec passion et j’ai eu envie d’en savoir plus sur cette belle profession ! J’ai donc décidé de poser pleins de questions à Maman est psychomot, qui a été adorable puisque, comme vous allez le voir, elle a répondu avec beaucoup d’humanité et de détails passionnants. Je vous laisse découvrir ça :

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Alors, je m’appelle Laure, j’ai 37 ans, une demoiselle de trois ans, un conjoint geek et un chien gentil mais qui pue. Je suis passionnée de danse, de cuisine, de jeux et de fantasy (et de blagues niveau carambar).

Peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton métier ?

Beaucoup de gens, y compris dans les psychomot, ont du mal à expliquer ce métier. Je pense que c’est lié au fait qu’il y ai deux branches tellement différentes qu’elles sont presque deux métiers différents. Une branche à une approche plutôt psycho-affective (thérapie) l’autre perceptive-motrice, voire neuro-développementale (rééducation).

Mais dans tous les cas la psychomotricité part du postulat que « le corps et l’esprit » sont liés et que quand un se modifie il entraîne l’autre. Cela vaut pour les réeducateurs (par exemple la conscience de son schéma corporel va permettre de percevoir un espace orienté, qui lui même va pouvoir aboutir à une organisation spatiale, qui donnera de la structuration spatiale, puis des manipulation mentale de volume…) ou dans les thérapies où on va se servir du toucher, de la sensorialité pour avoir un mieux-être psychique. Dans tous les cas on remonte le fil de comment aider la personne à arriver à une bonne adaptation à son environnement et à vivre le mieux possible dans celui ci, et le fil en question ramène toujours au corps, à son vécu et ses expériences 🙂.

Qu’est ce qui t’as amené à être psychomotricienne ?

Au lycée on cherchait ce qu’on voulait faire « quand on serait grande » avec ma meilleure amie. On avait envie de travailler ensemble. Elle était passionnée d’équitation, moi de danse. On s’est dit qu’on allait monter un centre où on recevrait les jeunes en mal être, pour les accompagner sans passer par le discours comme généralement, mais par leur vécu corporel dans les deux disciplines. On était très fières de nous d’avoir inventé un super concept ! On a commencé à budgetiser ça, et en en parlant, on nous a dit « mais en fait il existe déjà votre métier, c’est psychomotricienne ! ».

Finalement la vie à fait qu’on n’a jamais monté notre centre, mais on a fait notre prépa ensemble et on est toutes les deux psychomot’ maintenant 😉

Avec quel type d’enfants travaille tu ?

Je travaille dans une association qui reçoit des enfants, ado et adultes autistes et en libéral. En libéral on reçoit surtout des enfants pour des troubles des apprentissages (attention, graphisme…) mais comme ça se sait que je travaille avec des personnes autistes depuis moultes années maintenant, ils représentent aussi une grande partie de ma patientèle.

Personnellement, je suis plutôt versant « réeduc » et ma collab a une formation « plutôt psy » alors on se complète bien 😉 On reçoit de plus en plus de demandes d’adultes également, qui cherchent d’autres solutions à leur mal être.

Enfin le reste des patients présentent des maladies génétiques variées ou un retard de développement.

J’ai l’impression que c’est un métier plutôt féminin ? Est-ce vrai ? Sais-tu pourquoi c’est le cas ?

On est effectivement beaucoup de filles, comme les orthophonistes ou les infirmières par exemple. Le soin paramédical, apparemment c’est pour les filles…. Les garçons font plutôt médecins ou kiné…

Mais petit à petit les mentalités changent et on voit des garçons s’inscrire un peu plus souvent. D’ailleurs, petit secret les garçons : les institutions sont tellement en manque de mecs, que si vous avez votre diplôme vous avez un travail assuré !

Est ce que tu as des enfants ? Est-ce que ça a changé ta pratique si tu les as eu après avoir commencé à exercer ? Les élèves-tu différemment que si tu avais choisi un autre métier, tu penses ?

J’ai une mademoiselle de 3 ans ! Et je suis psychomot depuis 14 ans (outch) !

J’étais déjà versé bienveillance mais cela a non seulement renforcé mes convictions mais poussé le concept encore plus loin. Chaque fois que j’ai un doute, que je me sens sur la ligne je me dis automatiquement « Ça pourrait être ta fille. Elle a des parents qui te font confiance, comment voudrais tu qu’un professionnel réagisse avec la tienne ?« . Je suis beaucoup plus compréhensive avec les parents aussi 😉 : je comprends mieux qu’on puisse avoir des convictions, au-delà de toute la littérature possible, et que des fois on se merde royalement 😜

Dans ma pratique, avoir un enfant m’aide a ancrer un suivi dans le quotidien, avec les vrais besoins de la famille et non pas un critère prit dans une liste théorique.

Et mon métier a forcement beaucoup influencé mon approche éducative. J’ai dû pas mal m’intéresser aux neurosciences, j’ai donc maintenant une idée de comment fonctionne un enfant, alors qu’avant pas du tout ! Je passe aussi beaucoup de temps à proposer à ma fille des expériences à vivre. Elle a donc un super schéma corporel, de l’imagination et une grande autonomie dans son jeu et ses besoins. On déteint forcement 😉 : le fils de sa marraine, qui est maitresse, connait l’alphabet, des prémices d’anglais est très ordonné et organisé !

Que t’apporte ton blog dans ton métier. Et au quotidien ?

Professionnellement parlant le blog m’apporte peu. Mais au quotidien c’est un vrai plaisir. Certains tricotes, peignent, moi je blogue 🙂 J’aime les échanges que cela entraine, j’aime écrire et j’aime bien regarder ce qu’on faisait avec ma fille il y a 1 an 😉

Qu’est ce qui est le plus dur dans ton métier ?

Le plus dur dans le libéral est que c’est avant tout une sorte d’entreprise. Il faut donc être suffisamment rentable pour te payer un salaire. Même quand en face de toi, tu as des gens dans des situations difficiles, tu essayes de les arranger mais il reste quand même ce besoin de règlement… Le pire c’est quand des familles que tu as suivi pendant parfois 2 ou 3 ans disparaissent du jour au lendemain pour ne pas avoir a te régler 2 ou 3 séances. Le plus désagréable pour moi est d’avoir à avoir un rapport à l’argent en fait.

Après, tout le reste je le gère parce que je suis bien dans mes postes. J’ai travaillé par exemple en pouponnières avec des tous petits retirés aux parents : ça, ça avait été insupportable pour moi.

Quand on fait ce travail je pense qu’il faut savoir se protéger et chercher le poste qui nous convient.

Et le plus enrichissant ?

Le plus enrichissant est forcement la relation avec les patients. Je ne sais pas pourquoi, mais je m’entends bien avec les autistes. Depuis le début, même quand je n’étais pas trop formée. Je me sens bien avec eux et je pense que c’est réciproque. Les moments d’échanges, de rire, comptent double 😉

J’ai trouvé ton article sur le petit garçon qui voulait apprendre à lire très touchant. Y-a-t-il une rencontre qui a changé ta vie ?

Je ne saurais pas dire une rencontre qui a changé ma vie. Des chouchous j’en ai eu. J’ai gardé contact avec quelques jeunes qui ne viennent plus depuis longtemps. Par contre des réactions d’enfants qui m’ont marquée et qui ont forcement modifié ma façon de voir la vie il y en a eu aussi.

Des tristes, comme ce petit garçon de 4 ans amené par une maison d’enfance à caractère social qui a fait tombé un pot à crayon et qui s’est jeté au sol en tremblant et en se protégeant la tête de peur que je le frappe. Ce jour là j’ai su que jamais de ma vie ma fille ne devrait avoir peur de moi.

Des joyeuses, où au bout de plusieurs mois à ne pas réussir à avoir la moindre interaction, le lien se crée. Tu apprends à ne jamais abandonner si l’objectif en vaut la peine.

En fait, à leur manière ils nous marquent et nous transforment tous un peu 😉

Merci encore Laure, de Maman est psychomot d’avoir répondu à mes questions ! J’espère que vous aurez trouvé cette interview aussi passionnante que moi 🙂

6 réflexions sur “Le métier de psychomotricien·ne

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