Quand je fais la lecture (approximative) à mon fils

Les puristes des livres me flagelleront surement pour cet aveu horrible, mais je me sois d’être honnête : oui, parfois, je modifie sciemment le texte des livres que je lis à mon fils.

Quand c’est mal écrit (à mon goût)

J’aime les choses bien faite et j’ai a le souci du détail ; et c’est particulièrement valable dans mes lectures (ou celles que j’offre à mes enfants) : je fais attention au fond et à la forme, au style de texte et d’illustration, à l’arc narratif principal et à tout ce qui est sous-entendu. Bref, je suis (une lectrice) exigeante.

 

 

Et parfois, même mes chouchous ne trouvent pas (assez de) grâce à mes yeux. C’est le cas de Ce que papa m’a dit, du célèbre duo Pauline Martin et Astrid Desbordes (dont j’aime pourtant Mon amour d’amour).

Dans ce livre, qui se veut d’aider les enfants à dépasser leurs peurs, j’aime la relation entre ce papa et son fils et le message apaisant que celui veut transmettre à son petit. Pourtant, plutôt qu’encourager, je trouve que le ton est parfois trop plein d’injonction : « Ne laisse pas la peur gagner », « Ce n’est que de l’eau »… J’ai presque envie de lui répondre « Gnagnagna » à ce papa-je-sais-tout ! D’ailleurs, Le Lardon ne s’y trompe pas non plus puisqu’il m’a justement demandé l’autre jour « Pourquoi le papa d’Archibald, il sait tout ? ».

Alors j’adoucis le propos (« Si tu as peur, répond son papa, ne la laisse pas gagner » devient « Si tu as peur, répond son papa, essaie de ne pas la laisser gagner » ou encore « Si le tonnerre gronde, répond son papa, il ne déracine pas » devient « Souviens toi qu’il ne déracine pas »).

Pour simplifier le texte

Lire à voix haute est un exercice qui m’amuse beaucoup (disons le clairement, qui m’éclate). J’aime y mettre la voix, le ton, faire des pauses dramatiques et promener mon doigt sur certains éléments du livre.

baobonbon

Et pour avoir une lecture encore plus vivante, rien ne vaut un texte simple, sans fioritures. Pour cela, je m’autorise parfois à modifier un livre pour le raconter au présent, afin de mieux rentrer dans l’action. Ainsi dans Baobonbon, « Ouf, ça me sauvait la vie ! » devient « Ouf, ça me sauve la vie ! ». D’autres fois, je simplifie le propos, pas parce que je n’ai pas confiance en les capacités intellectuelles de mon fils, mais parce que je suis intimement persuadée que « less is more », surtout avec les mots.

Quand ça n’est pas assez inclusif à mon goût

Il n’y a pas d’âge pour commencer l’écriture inclusive : quand un livre parle des copains d’un petit garçon, je lis « les copains et les copines » ; il en va de même pour les métiers (« le maître ou la maîtresse », « le cuisinier ou la cuisinière »).

3brigands.jpeg

Parfois, je lutte aussi contre les stéréotypes : ainsi, dans Les trois brigands, classique de la littérature jeunesse (que ma maman lisait déjà petite !) « Les femmes s’évanouissaient de frayeur, les chiens filaient ventre-à-terre et les hommes les plus courageux prenaient eux-même la fuite ». Je ne peux évidemment pas laisser dire ça, alors sous mes mots, le texte se transforme en  « Certains s’évanouissent, les chiens filaient ventre-à-terre et même les personnes les plus courageuses prenaient la fuite ! ». D’ailleurs, qui sait, peut être qu’à l’instar des livres d’Agnès Rosenstiehl, ce classique de 1961 sera d’ailleurs lui aussi modernisé ?

Pour (en) finir plus vite

Ne vous y méprenez pas, j’adore lire. Mais quand mon fils sélectionne 12 (DOUZE !) livres pour la lecture du soir, ou me redemande le même livre pour la 6ème fois de la journée (et la 37ème fois de la semaine), j’avoue, je sature. Je ne suis qu’humaine. Alors, je raccourci le livre.

 

 

L’idéal pour cela étant évidemment les livres à structure répétitive. Avec un peu de chance, l’enfant ne remarquera pas que le Loup de C’est moi le plus fort n’a pas croisé les trois petits cochons ou les 7 nains.

demenagement

Les livres documentaires se prêtent bien à l’exercice aussi. On est pas obligé de lire CHACUNE des phrases d’un livre, si ?

Ne faites pas ça chez vous

Tout cela n’est pas sans causer quelques problèmes : quand mon amoureux ou un autre proche lit un livre, sans connaître mes « variations », je sens le regard interrogateur du Lardon. Et je ne parle même pas de quand le Lardon saura lire (déjà qu’il connaît certains textes par coeur et que ça devient limite….) : il risque de crier au scandale ! On verra à ce moment là.

En attendant, je continue de modifier les textes, car c’est mon droit de lectrice !

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Et vous, respectez-vous le texte des livres que vous lisez ? Quels droits vous accordez-vous ?

21 réflexions sur “Quand je fais la lecture (approximative) à mon fils

  1. deuxsaisonsparan dit :

    C’est beaucoup pour lutter contre le manque d’égalité femmes hommes que je modifie les textes. Je viens de récupérer des vieux livres de mon enfance alors là y a du boulot. Et puis aussi quand il y a des trucs qui font peur alors que, what, non, un loup, un ours, en soi, c’est pas méchant donc y a pas raison d’en avoir peur. J’ai dit à mon fils : le plus dangereux des animaux, c’est l’être humain.

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  2. Charlotte - Enfance Joyeuse dit :

    Je comprends tout à fait que tu changes parfois le texte des livres. Pour ma part, ça m’est arrivé plusieurs fois ! Surtout en crèche quand je trouvais les mots absolument pas adaptés. Du coup, après ma lecture, je le retirai. Mais comme tu le soulignes, pour le reste, on ne changeait pas le texte pour que les enfants puissent retrouver l’histoire ‘indemne’ malgré que plusieurs personnes le leur lisait… Cela me parait important dans un contexte comme celui d’une crèche ou plusieurs professionnels lisent régulièrement les mêmes histoires.
    Finalement, nous ne sommes que des « passeurs » de l’histoire.
    Super article en tous cas ! J’ai beaucoup aimé te lire !
    PS / moi aussi j’ai été quelque peu gênée par l’injonction du papa dans ‘ce que papa m’a dit’. 😉

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    • chutmamanlit dit :

      Oui, en collectivité, je comprends que ça soit compliqué de se permettre de changer le texte : je me demande si j’en serais capable de me retenir de le faire 😅.

      (Et merci, j’ai l’impression que tout le monde vénère les livres de Pauline Martin en général mais je ne suis pas toujours fan perso)

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  3. Marine Ette dit :

    Je le fais notamment quand je lis les BD « Les nombrils » qu’elle adore mais qui ne sont pas safe du tout ! Donc j’enlève ou modifie ce qui me gêne notamment les insultes -phobes, les gros mots, etc. Mais quand elle saura lire on va devoir s’expliquer oui 😀

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  4. chachou dit :

    C’est drôle parce que je me demandais à quel point c’était courant ! Mais oui je change, j’alimente, je détourne régulièrement. Généralement pour les mêmes raisons que toi. L’égalité, les injonctions, les stéréotypes, et l’inclusion sont les principales raisons, y compris des animaux. Je n’en peux plus des histoires avec des grands méchants loups… J’aime agrémenter, compléter en décrivant les images, faire des commentaires, ça rend vivant la lecture et mon Bout’Chou adore. Il connait ses livres par coeur et les commentaires que je fais aussi. Alors quand son père ne les fait pas par exemple et bien c’est lui-même qui complète. J’adore ça ! Mais à 2 ans et demi, il n’est absolument plus possible de sauter des pages… Alors on kiffe la répétition, encore et encore haha!

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    • chutmamanlit dit :

      Héhé, j’avoue que sauter des pages c’est prendre un risque : si à la fin du livre, le Lardon se rend compte qu’on a loupé un passage de l’histoire, je suis bonne pour reprendre depuis le début 😅 ; si mon but c’était d’aller au lit plus vite, c’est loupé 😂

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    • chutmamanlit dit :

      Héhé oui, fatalement, à un moment, il faudra expliquer ce qui nous dérange dans le texte quand on ne le respecte pas à la lettre ! Mais je trouve mes arguments plutôt bons donc ça ne m’inquiète pas trop (sauf celui « j’en ai ma claque de ce livre, j’ai envie d’en finir vite », je sens qu’il sera mal reçu 😆)

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  5. ColombesMum dit :

    ahah je fais pareil ! Je modifie les phrases qui m’embêtent, ou je raccourcis (drôlement) quand il est tard et que le livre est trop long (à tel point que parfois je ne comprends rien à l’histoire ahah), je me fais griller par mon mari qui lui, lit tout (et ça dure des plombes lol)…Pour l’instant j’ai pas encore été repérée par mon fils, ça ne saurait tarder ! Contente de voir que je ne suis pas la seule mère indigne héhé !

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  6. alinetterunnette dit :

    oh oui ça m’arrive, à peu près pour les mêmes raisons que toi d’ailleurs. mais je commence déjà à me faire griller par ses yeux de lynx et son cerveau de pré-lecteur. « Maman je vois pas où c’est écrit « copines », ya pas de « ines » là dans la page »… (ce genre de remarque qui me met dans un état second, mi-attérée, mi-épatée)

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    • chutmamanlit dit :

      Oh my god, le jour où le Lardon arrive à ce niveau là, je décède de fierté je crois 😆 (même si ce serait plus malin de rester vivante au moins jusqu’à ce qu’il sache lire complètement 😅).

      Mais blague à part, les sessions de lectures doivent être vraiment différentes quand ils commencent à lire, je suis sûre que c’est super aussi, même si on ne peut plus user et abuser de nos privilèges de lecteurs/lectrices !

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  7. Croco dit :

    Je crois que nous sommes nombreux à faire la même chose, mais effectivement, il y a vite un problème quand plusieurs lecteurs lisent le même livre au même enfant. Cela dit, je ne peux pas m’en empêcher, surtout quand il y a des phrases qui ne sont pas correctes (je ne compte plus les livres où il manque la moitié des négations, les « C’est qui ? » au lieu de « Qui est-ce ? »…) Comment veut-on que nos enfants apprennent à parler et écrire un français correct si dans les livres qu’on leur lit à l’âge où ils absorbent tout, la grammaire n’est pas respectée ?

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    • chutmamanlit dit :

      Oh mais oui ! Je me souviens d’un « C’est quoi ? » qui m’a toujours hérissé et que j’ai systématiquement lu « Qu’est-ce que c’est ? ». J’ai probablement été marqué par mon enfance à être reprise à chaque fois que je disais « c’est qui qui » 🤣

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  8. Claire dit :

    Ah, ce que papa m’a dit, on l’adore, mais j’avoue que je zappe souvent quelques « répond son papa »
    Sinon j’avoue être assez fidèle aux livres, car ma fille a une excellente mémoire et moi moins donc je ne peux pas l’arnaquer !
    Je suis assez exigeante du coup et quand un livre ne me plaît pas, je fais en sorte qu’il disparaisse. Pour le moment ça s’est bien passé. Même si je présélectionne beaucoup, je la laisse toujours choisir quelques livres à la bibliothèque (au moins on est obligé de les rendre) et j’ai parfois de belles surprises 🙂

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