« Les voitures, c’est pour les garçons »

Nous avons beau (vouloir) donner l’éducation la plus égalitaire possible à notre fils, hélas ça ne suffit pas : nous ne sommes pas infaillible ; il va chez la nounou et au relai ; il voit régulièrement nos proches, et des gens moins proche ; il entend ce qui se dit autour de lui, et surtout il observe ce qui ne se dit pas.

C’est donc comme ça que, malgré tous mes efforts, mon fils m’a trahit au plus profond de mon être en me soutenant mordicus que « Moi, j’ai une voiture sur mon manteau parce que les voitures c’est pour les garçons. »

J’ai essayé de lui expliquer qu’il avait une voiture sur son manteau parce qu’il aimait les voitures. Il y a des garçons qui aiment les voitures, et des filles qui aiment les voitures aussi. Et puis il y a des garçons et des filles qui aiment autre chose : « Tu te souviens de cet enfant au parc, qui avait des dinosaures sur son manteau ? C’est probablement qu’il aime bien les dinosaures ! ». Mais bon, si vous avez déjà eu une conversation avec un enfant de presque 3 ans, vous savez qu’on ne le fait pas changer d’avis si facilement. Sale gosse va !

Le lendemain, le Lardon a eu la même conversation avec son père. On avait pas encore eu le temps d’en parler, mais le Bien Joli Papa a répondu exactement comme moi : « Tu as un manteau avec une voiture parce que tu aimes les voitures ». Il a aussi rappelé au Lardon que quand j’étais petite, j’adorais jouer aux petites voitures et que lui, petit jouait beaucoup aux poupées. Le Lardon n’était toujours pas franchement convaincu…

Pour être honnête, je savais que ça nous pendait au nez. Le Lardon a une passion débordante pour les voitures qui s’alimente toute seule, les voitures étant omniprésentes partout (passion se promener sur les parkings pour regarder CHAQUE voiture). Et très vite, j’ai réalisé que les représentations autour des engins sont très limitées : dans tous nos imagiers par exemple, ce sont des hommes qui conduisent les véhicules. J’essaye de compenser en parlant de conductrice ou de motarde de temps en temps, mais cela ne suffit évidemment pas.

Et puis je dois aussi admettre qu’à la maison, on ne lui donne pas forcément de contre-exemple : s’il est vrai que gamine j’adorais les petites voitures, aujourd’hui je déteste conduire et j’ai du mal à le cacher. Et quand je conduis, je ne brille pas par mes compétences : le Lardon m’a déjà vu mettre le mauvais carburant dans ma voiture, grogner devant un créneau impossible, et surtout que je cède bien volontiers le volant à l’amoureux. Bref, sur ce point là, je me conforme hélas aux stéréotypes. De même qu’il a remarqué que la passion voitures qui traverse les générations de ma famille touchent plutôt les hommes : mon grand-père et mon père notamment.

Alors, à défaut d’apprendre à passer des vitesses (vive les voitures automatiques), je peux en revanche me mettre en recherche de représentations plus féminines autour des véhicules.

Des ressources pour une littérature jeunesse diversifiée

Laissez-moi d’abord vous présenter mes ressources préférées, quand je me lance dans ce genre de missions :

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Kaléidoscope est un projet québécois qui recense plus de 225 ouvrages « encourageant les enfants à sortir des idées préconçues et des rôles stéréotypés, favorisant la réflexion, l’émergence de la pensée critique, l’ouverture et la tolérance ». On peut rechercher par thèmes (égalité des sexes, affirmation de soi, diversité corporelle…) ou par tranche d’âge.

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Le label Lab-Elle a été decerné à 300 albums « attentifs aux potentiels féminins » par une commission de lecture, entre 2006 et 2010. Dans les ouvrages choisis, les stéréotypes sexistes ont été examinés de très près pour proposer une sélection où les personnages féminins ont des roles actifs et valorisés et où les parents ont des rôles non genrés par exemple. Aujourd’hui, le label (et son site) n’existe hélas plus mais il reste encore le catalogue des livres Lab-Elle au format PDF, c’est toujours ça…

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Le groupe Facebook « Ma Bibliothèque Bienveillante (pour Petits Et Grands) » est un annuaire collaboratif riche en titres, qui sont rassemblés dans une centaine de thèmes différents (sommeil, deuil, famille, adoption…). Mais sa force est aussi sa faiblesse : il n’y a pas vraiment de modération (je ne suis pas toujours fan de certains livres proposés par les 2500 membres) ; et la navigation et la recherche sont pour le moins fastidieuses.

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Talents Hauts est un éditeur spécialisé en « livres qui bousculent les idées reçues ». Aller faire un tour sur leur catalogue est donc toujours une bonne idée quand on est en recherche de livres luttant contre les stéréotypes (ou qu’on a un cadeau à faire) !

Ainsi, en farfouillant sur ces sites, j’ai vite pu trouver une petite sélection de titres, je vous les présente dans la suite !

Des filles au volant dans la littérature Jeunesse

Car, j’en suis convaincue, il n’existe aucun problème qui ne peut être résolu par un livre 😇. J’en ai sélectionné quatre qui pourraient rappeler à mon petit garçon que les voitures, c’est pour les garçons et pour les filles.

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👉 Amélie conduit, d’Olivier Melano

Amélie aime conduire. C’est sa passion et quand elle sera grande, elle sera conductrice. Mais conductrice de quoi? C’est ce que son père voudrait savoir : conductrice d’un train ? d’un avion ? d’un bateau ? ou encore d’un sous-marin ?

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👉 Armeline Fourchedrue reine du volant, de Quentin Blake

Armeline reçoit une voiture de la part de son oncle, une toute vieille voiture pas très belle et qui part un peu en lambeaux ! Qu’importe, cela ne l’empêche pas de prendre la tête d’un cortège de bikers, parce que pourquoi pas ! Une histoire originale pleine d’onomatopées (Biding bidong bidang kloung !) et d’humour !

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👉 T’es fleur ou t’es chou ?, de Gwendoline Raisson et Clotilde Perrin

Lila aime les poupées et les princesses. Léo aime les voitures et les super-héros. Du coup, ils n’arrivent jamais à se mettre d’accord, et ne jouent pas ensemble. Mais tout change quand Maël débarque… Un bel album qui balaye les frontières entre les genres et rappelle que les jouets sont pour tout le monde. Pour ne rien gâcher, les textes sont en rimes et les illustrations de Clotilde Perrin toujours magnifiques.

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👉 Dînette dans le tractopelle, de Christos et Mélanie Grandgirard

Dans le catalogue, les pages roses des jouets de filles sont bien séparées des pages bleues des jouets de garçons. Jusqu’au jour où le catalogue est déchiré et recollé dans le désordre. La poupée Annabelle qui rêvait de jouer au tractopelle rencontre la figurine Grand Jim qui adore la dînette. Garçons et filles partagent enfin leurs jouets et leurs jeux dans un catalogue aux pages violettes. Une histoire charmante et fantaisiste qui dénonce le sexisme dans les catalogues de jouets.

Et des role modèles féminin

Et en attendant de trouver quelques uns de ces livres à la bibliothèque ou chez le bouquiniste, un autre média peut nous permettre de rattraper les choses : nous ne sommes pas tout à fait zéro écrans puisque le Lardon nous demande de temps en temps des vidéos « de voiture de courses ». J’ai alors décidé de lui préparer une petite sélection qui devrait lui plaire.

Bon, au début, j’ai bêtement cherché « voiture de course femme ». C’était une fort mauvaise idée…

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Sur Youtube, les stéréotypes ont la vie dure…

Mais en cherchant plus spécifiquement des femmes pilotes, j’ai vite trouvé des noms ! En vrac :

  • Michèle Mouton, célèbre pilote de rallye dans les années 1980 (ici, au volant d’une Porsche 911, une des voitures préférée du Lardon, qui a des goûts simples),
  • Jutta Kleinschmidt, la première (et seule) femme à avoir remporté le Dakar en 2001,
  • Margot Laffite, pilote automobile et animatrice de télévision française,
  • Sarah Lezito, pilote de moto française, spécialisée en stunt : cette discipline qui consiste à faire des figures de voltiges sur un moto qui roule (parce que pourquoi pas…) 💪
  • Vanina Ickx, pilote automobile belge,
  • Leona Chin, pilote automobile malaisienne, qui a une chaîne Youtube

On en a donc regardé quelques vidéos avec le Lardon. Il était par exemple épaté de la conduite de Sarah Lezito sur sa moto (assise sur le volant, debout même en poirier !) (en plus pour une fois que c’est pas de la musique électro en fond…), a aimé ce reportage en 5 parties sur la participation de Vanina Icks à la mythique course de Pike Peaks. Mais ses vidéos préférées semblent celles de Margot Laffite qui essaye des voitures.

24 heures du Mans

Sublime affiche dessinée par Julia Spiers pour les 24h du mans 2018.

Ouf, après avoir été un peu septique que sous ces casques et ces combinaisons se cachaient parfois des femmes, le Lardon voudrait maintenant faire le même métier que Margot : essayer des voitures !

Alors, et chez vous, quels sont les clichés qui se perpétuent à l’insu de votre plein gré ? Avez-vous trouvé un moyen de « corriger le tir » ?

Des chaussures souples toute l’année

Tiens, ça faisait longtemps que je n’avais pas écrit une ode à l’amour à un objet complètement banal (souvenez-vous comme j’ai aimé notre bassine en plastique !) Laissez-moi maintenant vous conter ma routine « changement de chaussures du Lardon ».

Par souci de radinerie d’économies, et parce que nous sommes des parents indignes soucieux d’un style de vie minimaliste, le Lardon n’a qu’une paire de chaussure à la fois (que l’on peut en fait arrondir à 2 ou 3 car il y a toujours les bottes de pluie et parfois les chaussures de la taille au dessus/en dessous qui traînent dans le coin).

Alors autant dire que cette paire, il faut bien la choisir ! Et puisque ça fait 5 fois que je rachète au Lardon les mêmes chaussures (avec des pointures différentes quand même, on est pas des bêtes !), laissez-moi vous raconter pourquoi j’aime tant les Falcotto by Naturino à scratch (article non sponsorisé, j’ai vraiment dépensé 5 fois de l’argent pour ces chaussures).

Falcotto Naturino, pointure 20, 21, 22, 23 et 24

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Quand la séparation est difficile

À bientôt trois ans, il y a encore des matins plus compliqués que d’autres. Je ne parle pas de la difficulté à se réveiller (encore que ça aussi, ça mériterait un article parfois), mais des petits bras qui s’accrochent désespérément à mon cou, des « Reste encore Maman » (c’est marrant, lui aussi utilise des formules positives plutôt que « Ne pars pas »), des cris, des larmes et des pleurs. Est-ce ma grossesse ? Le fait que nous soyons parti quelques jours en vacances sans lui au début du mois ? Aucune idée mais toujours est-il que le résultat est là : le matin, il y a des dépôts chez la nounou plus compliqué que d’autres.

Généralement, ces jours là, j’essaye de prendre le temps de remplir son réservoir d’amour. Je le câline longuement, je lui murmure des mots d’amour à l’oreille, je le couvre de bisous, même si cela me fait arriver quinze minutes en retard au travail (en plus des quinze minutes habituelles…)

« On ne fait pas ce qu’on veut dans la vie »

Et puis, l’autre jour, j’ai repensé à cet épisode des Sales Gosses (le podcast de Titiou Lecoq) (je vous ai déjà parlé de mon nouvel amour pour les podcasts ?), où Titiou se demandait quel message on envoie aux enfants quand on leur répond « Ça ne m’amuse pas non plus d’aller au travail tu sais, mais on ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie ». Depuis, je fais attention à mon choix des mots : j’ai la chance d’aimer (la plupart des jours) mon travail, alors j’essaye de le verbaliser.

Oh, ça n’empêche en rien les cris et les larmes. Ça n’empêche pas non plus mon coeur de se serrer très fort en voyant mon petit tendre les bras désespérément vers moi en criant « Digraaaaa, digraaa » (c’est le seul mot qu’il continue à prononcer comme quand il était bébé, ça veut dire « Prend moi dans les bras ») mais ça me réconforte un peu : j’aimerais que dans son champ des possibles, le travail puisse être une activité enrichissante à laquelle on est content de contribuer, même si à ce jour, les adultes que je connais qui sont dans ce cas là se comptent effectivement sur les doigts d’une main.

Visualiser ce lieu mystérieux qu’est le travail

Mais ce qui semble avoir aidé récemment, c’est d’être venu me rendre visite sur mon lieu de travail justement. Profitant des vacances de fin d’année et du fait que je travaillais mais pas l’amoureux ni le Lardon, je leur ai proposé de venir manger à mon travail.

Si le repas était très chouette (mon fils est craquant et j’adore qu’on me le dise), l’heure du départ ne le fut franchement pas : hurlements et cris de désespoir, le Lardon voulait rester avec moi. À la culpabilité de lui tourner le dos alors qu’il pleure toutes les larmes de son corps s’ajoute celle de laisser le Bien Joli Papa gérer la situation seul… Bref, j’ai passé l’après-midi à regretter mon invitation.

Et puis, le Lardon s’en est remis, après une promenade au bord de l’eau avec son père.

Les jours ont passés et je me rends compte que ça l’a beaucoup marqué. Il parle maintenant souvent de « son travail » et je crois que ça lui a fait du bien de mettre des images sur cet endroit (jusque là abstrait) pour lequel je le quitte 40h par semaine.

Depuis, les dépôts ont été plus facile et une nouvelle routine du soir est apparue : en plus des mots et de sa journée, je raconte maintenant ma journée au travail (ce qui n’est d’ailleurs pas une chose facile que de présenter ça autrement qu’une succession de réunions, réflexions et envois d’e-mails 😅).

Et chez vous, vos enfants comprennent-ils la notion de travail ?

Le calendrier de l’avent involontaire

Vous vous souvenez de mon article sur la sur-consommation ? Oh c’était il y a un an et demi alors depuis, j’ai bien changé ! Je consomme éthique ou d’occasion en priorité, et surtout, je consomme moins. Enfin souvent. Enfin parfois.

Par exemple, pour ce décembre, je me suis dit « pas de calendrier de l’avent ! ». Non, pas question : ça va me rajouter de la charge mentale, je n’ai pas envie de courir à la chasse aux petits jouets, et puis pfff, la flemme aussi, j’avoue.

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Comment j’ai changé d’avis à propos de la fessée

J’ai 25 ans. Avec l’amoureux, on vient de passer le cap très discret de « si on a des enfants ensemble un jour » à « quand on aura des enfants ensemble ». Je ne sais plus vraiment pourquoi, on parle de fessées : « Bah, je sais pas, personnellement, j’en ai eues et j’en suis pas morte… » lui dis-je, sans aucun recul ou réflexion sur le sujet. Lui, en revanche, trouve l’idée choquante. Je suis très surprise : c’est la première fois que je réalise que la fessée n’est pas un geste normal dans toutes les familles.

J’ai 28 ans. Je suis enceinte et je lis mon premier livre « de parentalité » : Pour une enfance heureuse, de Catherine Gueguen. « Repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau » dit le sous-titre : neurosciences, bienveillance… Paf, je rentre ainsi directement dans le sujet ! Je prends conscience que je ne sais pas grand chose sur les enfants (ça promet…) Mais surtout c’est ma première invitation à la rétrospective : moi-même j’ai subi des violences éducatives ordinaires, mais au fait, comment je me sens avec ça ?

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Top et flop des activités pour occuper un enfant de deux ans

Je vous avais parlé de 10 activités pour occuper un enfant de deux ans sur le trajet des vacances.

Maintenant que les vacances sont définitivement enterrées, le temps de la vérité a sonné et il est temps de faire un bilan : quels ont été les tops et les flops ? Mérite-je la médaille du mérite du meilleur parent pour avoir organisé un voyage aux petits oignons ? (la réponse est : je mérite évidemment une médaille, peu importe le voyage).

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Où l’on est en colère

Nous connaissons en ce moment de légères perturbations. Le Lardon lance (bam ! bing !), râle, grogne, hurle (bouh !), casse, cogne et tape (et splash !).

Toute ressemblance avec le livre du soir serait fortuite.

Oh, en deux ans et demi, ça n’est évidemment pas les premières colères que nous vivons, mais elles étaient jusque là plus… calmes (???), moins… intense (?).

BienJoliPapa, est un peu déçu « Ta parentalité bienveillante machin là, ça n’empêche même pas ça ! ». Je ne peux pas le blâmer, j’ai eu la même déception quand la période du non est arrivé : à quoi ça sert toutes ces lectures et tout ce travail sur soi-même, si c’est pour quand même avoir des enfants imbuvable ?

Alors, j’essaye de m’abstraire des cris et des coups sur la porte d’entrée (« Je veeeeeux boire mon bibeeeeron sur le roooooond poiiiiiint ») (Note de l’auteur : il est alors 22 heures) et je fais un gros efforts pour me souvenir : ah oui, c’est vrai, les sentiments que le Lardon vit sont l’équivalent d’une tornade que son cerveau encore immature ne sait pas parfaitement contrôler. En d’autres termes, il ne fait pas ça (explicitement) pour nous emmerder (même si l’effet collatéral est là).

Bon. N’empêche que, moi qui commençait à manier les outils ludico-créativo-bienveillant avec aisance et facilité (deux ans et demi d’expérience, ça paye), me voilà démunie. Pourquoi ? Peut-être est-ce dû à trop de violence dans les réactions du Lardon, ou trop d’intensité par rapport à l’incident qui cause la crise ? Si j’écoute mes émotions à moi, c’est plutôt le secouer que j’ai envie de faire. Ou tout autre solution le fasse taire rapidement…

En bonne élève, j’essaye quand même d’accueillir ses sentiments (« Tu es frustré car tu voudrais boire ton biberon dehors. Le problème, c’est qu’il fait nuit et que la rue n’est pas un endroit adapté pour boire le biberon du soir. ») mais ça semble lui faire une belle jambe. Dans un autre contexte, j’essayerai la diversion ou le jeu mais aujourd’hui, ça semble impossible : il est présentement en train de se rouler par terre en hurlant (« Je veeeeux le rooooond-poiiiiiiint ») (exactement comme sur la couverture de « Opposition, pleurs et crises de rage : comment traverser sans dommage la période de 1 à 5 ans »). À ce stade, je me souviens que Isabelle Filliozat préconise le câlin : en serrant l’enfant contre soit, on l’aide à se contenir, et à s’apaiser en générant de l’ocytocine. Le problème, c’est que c’est la cinquième crise en deux heures, et que je n’ai vraiment pas envie d’être tendre. Alors, je choisis la solution la plus simple pour moi : me reculer (loin) et attendre que la pression passe. Je ne suis pas rancunière, je lui promets que je reste disponible pour un gros câlin quand il sera prêt (et d’ici là, je le serais moi aussi).

Le lendemain matin, la crise est passé, mais le souvenir est encore vif. Je ressors les livres que j’ai sous la main (tiens, une nouvelle crise pendant le petit déjeuner). Bof, aucune aide. Je repense alors à Jane Nelsen et le concept des objectifs mirages : quand il y a crise à répétitions, il y a souvent une cause cachée derrière ça. Je me promets de revoir ce passage à l’occasion (ou de relire le résumé de Happynaiss). Et puis, je profite de la 3ème crise de la journée pour commander un livre qui me faisait de l’oeil : Développer le lien parent-enfant par le jeu – Le jeu d’attachement pour créer l’harmonie, gérer les conflits et résoudre les problèmes (tout un programme).

 

 

Et bien croyez moi où non, depuis que j’ai commandé ce livre, AUCUNE grosse crise à déplorer. Cela fait maintenant une semaine et à aucun moment, je n’ai eu envie d’étriper mon fils, et je m’avancerais même à dire que nous avons passé d’excellentes journées, dans la bonne humeur, l’amour et la tendresse.

Alors… qui a dit que les livres et la parentalité bienveillante ne marchaient pas ?? #ilNyAPasDeCoïncidences

Après le lit au sol

Les gens normaux essayent de ne pas trop en rajouter après un déménagement.

Nous, on a pas pu s’en empêcher. À peine quelques semaines après avoir installé le Lardon dans la chambre la plus « aboutie » (#lesTravaux #onSaitQuandCaCommence #pasQuandCaSarrete) de notre maison, on a décidé de le changer de pièce : velux et été ne font pas bon ménage, le pauvre souffrait bien trop de la chaleur.

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🚚📦 Le premier soir #doudouSortiDesCartons

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Les yeux dans les yeux

L’autre soir, je couchais le Lardon. Il avait envie que je reste un petit peu avec lui : « Mets-toi là maman » m’implora-t-il en me montrant son oreiller. Alors, je me suis contorsionnée pour me glisser dans son lit, et je me suis allongée à côté de lui. Nos visages étaient à quelques centimètres l’un de l’autre, et on s’est regardés, sans rien dire, pendant de long instants.

Immédiatement, cette scène m’a ramenée en arrière.


Nous sommes le 5 mars 2016. Le Lardon a dix heures de vie. D’ailleurs, à ce moment là, il n’est pas encore le Lardon. Il n’a pas encore de surnom. Il faut dire que son papa et moi venons de découvrir depuis seulement quelques heures son prénom, parmi les deux que nous avions choisis. Je prends d’ailleurs un immense plaisir à m’écouter le prononcer : il est simple, il est doux. Je le teste, en parlant, en chantant. Est-ce qu’il lui va bien ? Oui, il me semble.

Je suis donc une maman-depuis-dix-heures, avec mon fils. Ce petit bébé est d’ailleurs si nouveau qu’à ce moment là, je ne pensais même pas à lui en terme de « fils ». (Ce n’est que le lendemain que ça m’a frappé, quand quelqu’un m’a demandé « C’est votre fils ? » Pardon ? Comment ça mon fils ? J’ai un fils, moi ? Oh mais oui, j’ai un fils ! Ce bébé, qui est là, c’est mon fils ! À moi ! Et je suis ça mère !) (Pour l’instinct maternel, on repassera…).

Je suis donc là, seule dans la chambre, avec ce bébé que je ne connais pas encore très bien. Le BienJoliPapa vient de repartir pour rentrer à la maison. (La maternité où j’ai accouché n’accueillait pas les papas le soir, et sur le coup, je crois que ça nous a paru normal). Je n’ai pas vraiment de souvenirs de cette première nuit et je ne me souviens plus vraiment de mon état d’esprit à ce moment là. Étais-je inquiète quand le BienJoliPapa est parti ? Étais-je encore fatiguée de l’accouchement ? Ou bien heureuse et sur un petit nuage ? Le bébé dormait-il ? A-t-il beaucoup pleuré dans la nuit ? D’ailleurs, ai-je dormi entre les courbatures de l’accouchement et les douleurs des suites de couches ? Rien n’y fait, plus j’essaye de revivre cette première nuit, moins j’y arrive : je ne me souviens de rien. Sauf d’un moment très particulier.

Ce moment où j’ai pris le bébé de son petit berceau en plastique, et je l’ai posé à côté de moi dans mon lit d’hôpital. En ce faisant, je crois que j’avais peur de beaucoup de choses : de m’endormir, de le faire tomber, de l’écraser, de ne pas faire comme il faut, de me faire gronder par une sage-femme qui passerait par là.

Mais je me suis contorsionnée pour me glisser dans le lit, et je me suis allongée à côté de lui. Nos visages étaient à quelques centimètres l’un de l’autre, il a ouvert ses grands yeux, tout noirs, et on s’est regardés, sans rien dire, pendant de longs instants.

Alors, je me suis présentée. Je ne sais plus trop ce que je lui dit, sûrement que j’étais sa maman, et que j’allais m’occuper de lui. Peut être qu’il était beau ou que je l’aimais, je ne sais plus. Je me souviens seulement de ses grands yeux noirs, à quelques centimètres de mon visage. Je me souviens qu’il m’observait intensément, comme s’il semblait se dire : C’est donc toi ma vie maintenant ? C’est toi cette voix que j’ai entendu tout ce temps quand j’étais in-utero ? Et je me souviens que pendant ce moment, complètement hors du temps, une vague d’amour m’a traversée. Je crois que c’est à ce moment là que j’ai compris ce qu’était l’amour inconditionnel.


Deux ans, quatre mois et quelques jours plus tard donc, nous nous observons à nouveaux les yeux dans les yeux. Je repense à notre première nuit et je constate que rien n’a vraiment changé : il a toujours ses grands yeux noirs qui me regardent intensément et son visage concentré. Je me demande s’il se souvient comme moi de cette première nuit, s’il pense à mon amour inconditionnel.

Et puis, il sort sa petite main de sous la couverture, la glisse sous mon menton, et commence à me chatouiller. « Guilli guilli guilli » s’esclaffe-t-il, complètement rigolard.

Ah oui, j’oubliais. Le Lardon a maintenant deux ans : l’amour inconditionnel il trouve ça chouette, mais pas autant que chatouiller sa mère, car, ça c’est quand même vachement plus drôle ! 😂