Sortir doucement de sa bulle

Je n’ai pas beaucoup écrit sur le Bourgeon (ni écrit tout court…) dans ses 6 premiers mois de vie, alors laissez moi vous faire un petit résumé. Après notre premier mois hors du temps, nous avons eu :

  • le deuxième mois, celui des miracles : nous avons découvert qu’un bébé sans RGO peut être joyeux, fun et facile à vivre ! On peut le poser au sol 🎉 ! Il peut s’endormir seul 🎉🎉🎉 ! Il peut enchaîner plusieurs cycles de sommeil 🎉🎉🎉🎉 !
  • le troisième mois, celui des sourires : corollaire des mois précédents, un bébé qui ne souffre pas a beaucoup plus de temps pour sourire ! Partout, tout le temps. Et pour un coeur de parent, c’est la plus belle chose qui soit ❤
  • le quatrième mois, celui de la motricité : se retourner, ramper, se mettre à quatre pattes… Le Bourgeon carbure et crapahute à une vitesse impressionnante 🧗‍♀️ !
  • le cinquième mois, celui des dents : d’abord les deux du bas, et puis juste avant ses 6 mois, les deux du haut… Un mois un peu plus compliqué, qui a à peine entaché  la bonne humeur du Bourgeon 💪.

Bref, pendant cinq mois, le Bourgeon a bourgeonné, avec une facilité et une bonne humeur déconcertante.

Et puis il y a eu le sixième mois. Celui de ma reprise du travail, celui de son adaptation : celui là a été moins doux.

Où l’on croit que tout va bien se passer

Depuis sa naissance (et même avant ?) la future nounou du Bourgeon était toute choisie : Super Nounou, qui s’est occupé du Lardon l’année passée, que nous connaissons bien et adorons.

Avec elle, on avait prévu un petit plan tout en douceur pour que ça passe comme sur des roulettes :

  • Jour 1 : une heure chez SuperNounou, en ma compagnie.
  • Jour 2 : une heure chez SuperNounou, sans moi.
  • Jour 3 : un bout de matinée avec SuperNounou, avec un repas.
  • Jour 4 : un bout de matinée avec SuperNounou, avec une sieste.

Un beau programme échelonné, surtout par rapport à l’adaptation du Lardon il y a 3 ans (pour lui, le premier jour, sa nounou de l’époque me l’avait pris des bras, avait dit « Au revoir maman » et m’avait foutu dehors. Comme ça 😨😱.)

Le jour 1 est bien tôt arrivé, et tout s’est passé impeccablement. On s’est dit à demain.

Le jour 2, le coeur toujours léger, j’ai déposé le Bourgeon. Je lui ai fait un gros bisou, lui ai dit à bientôt, et je suis partie. Evidemment, j’ai checké mon téléphone toutes les 30 secondes pendant les 10 premières minutes. Et puis je me suis dit qu’il fallait lui faire confiance : j’ai rangé mon téléphone dans ma poche et je suis allée vivre ma vie.

Où en fait, c’est pas facile

Une demi-heure plus tard, en voulant regarder l’heure, je vois un appel en absence de la nounou. Oups, ça n’est pas bon signe. Je la rappelle de suite.

« Il pleure non-stop depuis que vous êtes partie ».

Oh mon bébé, mon tout petit bébé ! Je lâche tout ce que je fais, et je cours, que dis-je, je vole au secours de mon nouveau-né-ou-presque !

Arrivé chez la nounou, je toque, je sonne 2 fois, 3 fois : elle ne m’entend pas, en revanche, moi j’entend très bien la chair de ma chair hurler de l’autre côté de la porte, hurler de désespoir comme jamais. Enfin elle m’ouvre, enfin je sers le Bourgeon dans mes bras en le couvrant de bisous, enfin, doucement, il s’apaise.

« Je vous ai appelé au bout de 15 minutes car j’ai bien senti que c’est un bébé qui n’avait pas l’habitude de pleurer. » J’ai confirmé et je l’ai remercié la nounou de m’avoir appelé : tant pis pour le programme établi, ce bébé avait clairement besoin de moi !

Où l’on se prépare, un peu mieux

J’ai souvent entendu que « les enfant sentent le stress de leurs parents ». Alors je pensais un peu naïvement que si je n’étais pas stressée et si j’avais confiance, ça suffirait pas pour une séparation sans problème.

Hélas, ça ne marche pas comme ça : le Bourgeon n’était pas du tout prêt à bourgeonner sans moi ! C’est vrai, qu’en y réfléchissant, ces six derniers mois, je n’avais jamais été séparé du Lardon plus de 2 heures… Comment ai-je pu croire que ça irait tout seul dès la premier tentative, même en étant un bébé-sourire, même en ayant totale confiance en SuperNounou… ?

Alors, on a mis en place un nouveau plan d’attaque, un plan tout en douceur.

D’abord, j’ai laissé le Bourgeon à des gens qu’il connaissait bien : son propre papa par exemple… Et oui, ça n’était encore jamais arrivé avant 😣 ! Entre l’allaitement, le temps qui file, et ce bébé tout sourire, nous n’en avions pas eu l’occasion / le besoin / la nécessité ! Mais nous avons résolu ça, pour quelques heures ou la journée entière, et ça c’est pas trop mal passé, ce qui nous a grandement rassuré : le Bourgeon peut vivre sans moi !

Il a aussi passé plus de temps seul avec ma maman, qui a accepté (probablement dans un accès de folie) de garder les deux enfants le mercredi. Avec elle aussi, ça s’est bien passé. Dans ce contexte, c’est la présence rassurante (bien qu’un peu violente, mais c’est une autre histoire) du Lardon qui a aidé.

Et puis, à chaque fois, j’ai un peu mieux anticipé : pour parer à mon absence, j’ai laissé au Bourgeon tout pleins de traces olfactives : mon tee-shirt de pyjama qui sent (fort) le lait, mon écharpe, et une sling…

Au début, tout cet attirail n’était pas de trop pour pallier (pâlement) à mon absence ! Et ainsi, comme ces moments sans moi se sont (plus ou moins) bien passés, on a repris doucement l’adaptation avec la nounou.

Où l’on persévère

Chaque matin, l’amoureux a déposé le Bourgeon chez la nounou, et je venais le chercher « quand ça n’allait plus ». Je passais alors un peu de temps avec la nounou, pour l’habituer à l’endroit.

La première semaine, il n’est jamais resté seul plus de 30 minutes. Je commençais à désespérer. Fallait-il changer de nounou ? Pourquoi cet enfant m’aime-t-il autant ? J’ai prolongé mon congé, il nous reste trois semaines avant ma reprise mais je peux difficilement obtenir plus. « Tu sais, à un moment, il n’aura pas le choix, il faudra qu’il s’habitue » me glisse une amie, mais SuperNounou et moi ne voyons pas la situation du même oeil : « Je pourrais le laisser pleurer toute la journée, me dit-elle. Enfin, non en fait, je ne pourrais pas, je n’y arriverais pas : ce n’est pas une vie pour lui, ni pour nous. » Alors, on continue tout doucement, de lui laisser le temps, même si le Bourgeon pleure dès qu’il voit la nounou ou la pièce dans laquelle sont installés les jeux.

La deuxième semaine, il y a eu des micro-progrès : sa première sieste là bas (mais son réveil en sanglots), la première fois où il a cherché à pleurer DANS les bras de SuperNounou plutôt que seul. Au final, il y restait entre une et deux heures avant de devenir inconsolable.

La troisième semaine, tout doucement, les choses se sont améliorées. Un repas. Un réveil sans pleurs. J’allais le chercher en début d’après-midi, et en fin de semaine, il ne pleurait pas quand j’arrivais !

Où tout cela est loin aujourd’hui

Et puis le jour J de ma reprise du travail est arrivé. Ça c’est bien passé ! 👌 Les jours suivants aussi !

Et deux mois plus tard, il fait des grands sourires à sa SuperNounou, adore la pièce qui le faisait pleurer à gros sanglots au début. Nous sommes tous vraiment soulagés, et heureux d’avoir pu prendre le temps de prolonger son adaptation, dont il avait clairement besoin 🙂. Quel bonheur de sortir de l’ascenseur sans entendre son enfant hurler à l’autre bout de l’immeuble ! Quel soulagement de ne plus recevoir chaque jour un SMS « Il est à bout, il faudrait venir le chercher » ! Et tout simplement, quel joie de retrouver son petit bébé joyeux !

Au prochain épisode (dans une semaine – ou plutôt deux, c’est deux fois plus dur de trouver le temps d’écrire avec deux enfants !), je raconterais les choix que j’ai fait concernant l’allaitement et la reprise du travail.

 

Et chez vous, comment s’est passé l’adaptation ?