La liste

Sur mon téléphone, j’utilise beaucoup l’application Notes. J’y maintient beaucoup de listes différentes : des idées de cadeaux pour l’amoureux (un peu), et pour le Lardon (beaucoup), la liste de la paperasse que je dois faire (un jour), les mots d’enfants du Lardon (chaque jour) (non en vrai, je pense jamais à les écrire, c’est dommage), ou encore la liste des choses à acheter la prochaine fois qu’on passe chez Castorama…

Et puis, j’ai aussi la liste des gens qui ont introduit leurs doigts dans mon vagin lors de ma première grossesse. Sur cette liste, il y a 11 personnes différentes, pour 15 touchers vaginaux, sur une période de 9 mois. Je ne sais pas vous, mais moi je trouve que ça fait beaucoup. Mon vagin a reçu la visite des doigts de :

  • Ma gynécologue, le jour où j’ai appris ma grossesse.
  • La sage-femme que j’ai choisi pour mon suivi, à partir du 2ème mois et tous les suivants.
  • La sage-femme qui m’a suivi à l’hôpital, à partir du 7ème mois jusqu’à la fin.
  • Une étudiante, lors des suivis à l’hôpital.
  • Une sage-femme puis un médecin, aux urgences suite à un malaise vagal.
  • Une sage-femme, lors d’une consultation à propos de démangeaisons sur mon ventre.
  • Plusieurs sages-femmes, le jour de mon accouchement.
  • Une sage-femme puis son étudiante, le jour de ma sortie de la maternité.

Oh, ce ne sont que des TV comme on dit dans le jargon : deux petits doigts n’ont jamais tués personne. Et puis, on m’a demandé à chaque fois non ? Et même si ça n’était pas le cas, le bien du bébé ne mérite-t-il pas de transformer mon vagin en hall de gare ? Non ?

À l’époque, je n’avais pas les armes pour me poser de questions, tous ces examens me paraissaient presque normaux (bien que fort nombreux pour des examens intrusifs). Mais aujourd’hui, je suis plus informée : je me suis beaucoup renseignée sur le fonctionnement de mon corps, la sur-médicalisation et le consentement – des sujets étroitement liés. J’ai donc eu envie de revenir sur cette question, pour mieux comprendre comment ce genre de situation peut arriver.

Rappel des bases : le TV, à quoi ça sert ?

Le toucher vaginal est un geste médical, pratiqué généralement par les sage-femmes et gynécologues, permettant d’évaluer l’état du col de l’utérus : longueur, position, consistance mais aussi ouverture.

En dehors de la grossesse, il peut-être pratiqué pour vérifier l’absence de masses ou de douleurs particulières, ainsi que pour palper les ovaires.

Pendant la grossesse, et bien, ça dépend des pratiques. Au début de la grossesse, ça peut être fait pour avoir une idée de l’état du col : une femme avec col « court, mou et ouvert » sera pas exemple suivie plus attentivement qu’une femme avec un col « postérieur, long, tonique et fermé ». Il en va de même pour les TV pratiqués aux consultations suivantes : certains professionnels le font pour s’assurer que tout va bien. Mais on peut tout à fait se baser sur d’autres signes : douleurs abdominales, contractions, petits saignements, si on se sent bien, si on est en forme, etc.

Pendant le travail, là encore, ça dépend des conditions de l’accouchement. Dans un cadre idéal, un·e sage-femme peut suivre dans la durée la personne accouchant. Ainsi, par l’observation, iel sait où en est le travail. Mais dans la réalité, la structure de la plupart des maternités fait que c’est loin d’être le cas : les sages-femmes doivent jongler avec plusieurs accouchements en même temps. Elles ne peuvent pas suivre facilement l’évolution du travail, et ont donc recours au toucher vaginal, parfois jusqu’à un par heure.

Enfin, après l’accouchement, il peut y avoir des touchers vaginaux notamment s’il y a eu des sutures, pour vérifier que tout va bien.

Ainsi, les pratiques différent selon les professionnels de la santé, leur manière d’aborder la grossesse et l’accouchement mais aussi leurs conditions de travail ; certaines personnes n’auront subit aucun toucher vaginal pendant toute la grossesse et l’accouchement ; quand d’autres, comme moi, en auront eu beaucoup…

À quel moment peut-on parler de sur-médicalisation ?

Ma question, quand j’ai commencé à remuer tout ça était de comprendre ce qui m’était arrivée. Ces examens étaient-ils nécessaires à mon suivi ? Aurais-je pu l’être d’une manière différente ?

Car il est évident que je ne lutte pas contre la médicalisation (dont le but est diminuer la mortalité, je n’ai rien à dire là dessus !) mais bien la sur-médicalisation.

Le premier symptôme de la sur-médicalisation est de partir du principe que la technique et la science prévalent sur tout le reste : le dialogue, la confiance de la femme en son patricien, la reconnaissance de la femme en tant qu’actrice de son accouchement, le fait qu’elle détienne des informations importantes sur son état de santé, qu’elle soit capable de choix…

Et puis, refuser la sur-médicalisation revient à lutter contre la standardisation : tout le monde ne fonctionne PAS exactement de la même manière (il n’y a qu’à voir la diversité dans les récits d’accouchements), et surtout toutes les femmes veulent PAS exactement la même chose.

Par exemple, dire que « pendant le travail, le col s’ouvre d’un cm par heure », c’est pratique à retenir mais évidemment faux : le col ne s’ouvre pas de manière linéaire, et bien d’autres facteurs que le temps influent (la position de la personne accouchant par exemple, son état émotionnel) (vas-y accoucher dans des bonnes conditions toi, quand tu es ligoté à ta table par un monitoring et que, régulièrement, quelqu’un rentre dans la pièce pour te faire un toucher…).

Dans mon cas personnel, tous les TV que j’ai subit ont été le résultat de décisions prises par des professionnels. Chacun·e d’entre eux a fait le choix d’effectuer ce geste intrusif mais je suis en colère qu’aucun·e ne m’ai impliqué ou ne m’ai garanti que ce choix était éclairé et pas « par habitude ».

Et le consentement dans tout ça ?

Car au delà des gestes pratiqués (qu’ils soit « utiles » ou pas), je crois qu’il est nécessaire de rappeler que les professionnels de la santé n’ont pas autorité sur les patients : le rôle de la médecine est de prendre soin des patients, pas d’exercer un pouvoir sur eux.

Cela veut dire qu’un·e patient·e a le droit de refuser une demande du professionnel, surtout si iel ressent la moindre gêne (et encore plus si rien ne justifie cette demande).

Par exemple :

  • Une patiente a le droit de refuser de se déshabiller intégralement pendant une consultation gynécologique.
  • Une patiente a le droit de refuser le toucher vaginal comme outil de suivi de grossesse, d’autant plus quand aucun autre signe n’indique qu’il y a un problème.

Ce droit n’est pas inné et naturel à exercer car nous évoluons dans une société où la docilité est bien plus facilement encouragée : c’est tellement plus pratique pour le praticien ! Mais dans un monde idéal, il serait facilité par les patriciens s’assurant systématiquement du consentement à leurs patientes. Par exemple : en demandant d’abord « Souhaitez-vous que je vous fasse un toucher vaginal ? » ou « Êtes-vous d’accord pour un toucher vaginal ? », puis, juste avant le geste intrusif : « Êtes-vous prêt·e ? » .

Tout ça pour dire…

Heureusement, aujourd’hui les choses commencent à changer. Le personnel de la santé sait qu’il existe de nombreux autres signes que les touchers vaginaux pour mesurer l’état d’une grossesse. D’ailleurs, dans beaucoup de pays (et de plus en plus de maternité en France), ils ne sont plus pratiqués de manières systématiques, grâce au travail de professionnels de la santé bienveillants qui jouent le jeu de réfléchir et de s’interroger sur leurs pratiques.

De mon côté aussi, mon regard a évolué : je ne suis pas plus exigeante envers les professionnels de la santé mais plus attentive à la manière dont est construite notre relation. Je privilégie mon suivi par des personnes qui sont à mon écoute avant tout.

Je finis maintenant cet article avec les ressources qui ont alimentés ma réflexion sur la connaissance du corps et la médicalisation ces dernières années (et puis ça me fait un pense bête pratique) :

Et vous, quel est votre parcours par rapport à la (sur)médicalisation ? Votre regard et vos attentes envers la médecine ont-elles changées avec le temps ?

Unpopular opinion : je ne crois pas en l’homéopathie

Quand j’ai lu l’article My Unpopular Opinions – Mes goûts bizarres de Mango & Salt, j’ai tout de suite pensé à mon unpopular opinion, le truc qui fait que je me sens toujours un peu à l’opposé de ce que la majorité des gens (en tous cas dans mon entourage, ou des personnes que je suis…) pensent.

Voilà, donc, il faut que je vous avoue un truc. Moi, la jeune femme bobo qui mange du quinoa, moi la maman qui a allaité, porté son bébé et ne l’a jamais laissé pleuré, moi la végétarienne qui n’utilise que des produits bios et naturels sur sa peau et ses cheveux… et bien, moi, je ne crois pas en l’homéopathie.

(Ou comment se mettre à dos un français sur deux…)

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De nouvelles courbes de croissance dans les carnets de santé

Cette semaine, j’avais très envie de parler d’actualité puisque demain, comme chacun le sait, c’est demain la Journée internationale des droits des femmes.

Mais sous quelle manière aborder cette journée ? L’année dernière, j’avais parlé de la place des homme dans la parentalité, un domaine encore trop souvent réservé aux femmes. Cette année, je n’ai trouvé l’inspiration qu’au dernier moment, quand j’ai appris que les prochains carnets de santé (à compter du 1er avril 2018) allaient comporter de nouvelles courbes de croissance de référence françaises. Et puis comme ça on reste dans le thème de la prise de poids de mes 3 derniers articles 😂.

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